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L'Atelier de la République

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Interview de Michel Sapin, Ministre du Travail

Michel SapinInterview de Michel Sapin, Ministre du Travail de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social pour l’Atelier de la République.

A l’heure où les mouvements sociaux se durcissent, que va apporter, selon vous, « la sécurisation de l’emploi » sur le marché du travail ?

La possibilité d'éviter ou de sortir de sortir des conflits par le haut, justement ! Cette loi sur la sécurisation de l’emploi est un acte de confiance dans les partenaires sociaux qui ont à gagner dans une culture de négociation, plus dans une culture de conflit. Certes, c’est exigeant - certainement pas plus conciliant - mais c’est ainsi que des avancées seront obtenues pour les salariés, et des emplois préservés ! Trop souvent, certains ont douté des partenaires sociaux : trop conservateurs, trop peu légitimes, trop minoritaires. Ce texte les remet en position centrale, celle de faire advenir le progrès, celle de pouvoir agir et passer des compromis dans un cadre garanti. Ce texte leur dit : « vous êtes légitimes et c’est à vous de construire les bons équilibres pour les salariés et les entreprises, car personne n’a à gagner dans d’interminables batailles judiciaires. Vous avez maintenant des instruments et des pouvoirs de négocier qui permettent de trouver des solutions et surtout des alternatives au licenciement ».

Vous êtes Ministre du Travail et également en charge du Dialogue social, comment se passent les relations entre le gouvernement et les syndicats et comment peuvent-elles évoluer à moyen terme ?

L’élaboration de la loi sur la sécurisation de l’emploi a défini la méthode de ce que j’appelle « le dialogue social à la française ». Tout commence par la grande conférence sociale de juillet 2012 qui rassemble tous les acteurs et permet de partager des constats et un agenda de réformes. C’est à ce moment que le gouvernement et les partenaires sociaux ont convenu ensemble de la nécessité d’une négociation interprofessionnelle sur tous les sujets touchant au marché du travail. Le cadre de la négociation a alors été fixé par un document d’orientation du gouvernement. Puis la négociation proprement dite s’est engagée : 4 mois intenses de discussion pour aboutir à l’accord du 11 janvier 2013, le plus ambitieux depuis 1968. Il s’en est suivi un travail de transcription de l’ANI en loi, dans la fidélité de l’accord trouvé par les partenaires sociaux. Sur chaque élément de rédaction, le contact a été permanent avec les signataires et les non-signataires ont été reçus et écoutés. Le dialogue social a ainsi trouvé sa place dans l’espace de l’élaboration de la loi. Le parlement s’est ensuite saisi du texte et a auditionné tous les partenaires sociaux de nombreuses heures. La démocratie politique a su faire une place à la démocratie sociale. C’est ainsi que le gouvernement et les partenaires sociaux continueront à travailler. La grande conférence sociale numéro 2 des 20 et 21 juin prochains lancera ainsi, selon la même méthode, une ambitieuse réforme de la formation professionnelle.

La précarité touche de plus en plus de jeunes, le chômage des moins de 25 ans ne cesse de progresser, quelles solutions le Gouvernement envisage-t-il pour contrecarrer ce phénomène qui dure depuis de très nombreuses années ?

Dès notre arrivée nous avons agi face à l’urgence du chômage des 500 000 jeunes sortis du système scolaire sans diplôme et qui ne sont aujourd’hui ni en emploi ni en formation. Pour eux, nous avons créé les emplois d’avenir, un contrat spécifique qui permet d’entrer dans l’emploi, d’avoir une première expérience professionnelle durable (3 ans) - la plus dure à décrocher - et le pied à l’étrier. C’est aussi le moyen d’obtenir de la qualification car de la formation est incluse dans le dispositif. 89% des jeunes déjà recrutés n’ont pas le bac. Les emplois d’avenir sont donc une réponse au chômage des jeunes et qui plus est des jeunes les plus difficiles à intégrer.

Une deuxième réponse, c’est le contrat de génération. Il a été conçu parce que la France se distingue par un taux de chômage élevé aux deux bouts de la chaîne de l’emploi : chez les jeunes ET chez les seniors. Longtemps, la politique de l’emploi a consisté à les opposer, à faire partir les seniors en préretraite et recruter des jeunes en contrats aidés. Cela n’a jamais fonctionné. A l’inverse, le contrat de génération associe un jeune de moins de 26 ans et un senior de plus de 57 ans, permettant à l’un de rentrer dans l’emploi et à l’autre d’y rester ; mais permettant surtout la transmission des compétences.

Deux réponses et une mobilisation de tous les instants.

La formation professionnelle et qualifiante semble être depuis des années le parent pauvre de notre politique éducative, quelles sont les priorités que s’est fixé le Gouvernement en la matière ?

Une réforme de la formation professionnelle s’annonce ; une grande réforme globale et solide, solide parce que globale. Elle sera au coeur de la prochaine grande conférence sociale qui lancera le processus.

La politique de formation professionnelle doit davantage bénéficier à ceux qui en ont le plus besoin… et qui y ont aujourd’hui le moins accès : les jeunes peu ou pas qualifiés, les demandeurs d’emploi et les salariés fragilisés par les mutations économiques et technologiques. Les objectifs sont les suivants : mieux assurer les transitions entre les emplois, entre le chômage et l’emploi ou même entre la formation initiale et l’emploi. Cette approche devrait nous amener à imaginer l’individualisation des parcours et le développement de nouvelles formes de pédagogie, à permettre davantage les démarches individuelles vers la qualification (notamment par le renforcement du service public de l’orientation et via le compte personnel de formation en cours de mise en oeuvre) ; ou à chercher les moyens de favoriser l’investissement de toutes les entreprises en matière de formation pour entretenir et développer l’employabilité de leurs salariés.

Si le « modèle » économique allemand est souvent mis en avant, il cache néanmoins un redoutable revers puisque l’Allemagne connait l’un des plus fort taux de précarité et de pauvreté sociale en Europe. Faut-il, selon vous, accepter ce prix social pour recouvrer la croissance ?

Non. Aux côtés d’actions remarquables de sauvegarde de l’emploi dont nous pouvons nous inspirer, nos amis allemands ont développé une stratégie de « petits boulots » précaires et sans droits, ce qui a créé une dualité insupportable sur laquelle d’ailleurs ils s’efforcent de revenir. L’accord et la loi de sécurisation de l’emploi tournent le dos à cette approche de précarisation et, au contraire, renforcent les droits des précaires. Le progrès social ne passe pas par davantage de précarité mais par davantage d’accords gagnant-gagnant-gagnant : les salariés, les entreprises et donc l’ensemble de l’économie française. C’est le sens de la sécurisation de l’emploi.

S’agissant de la crise de confiance entre les hommes politiques et les Français, pensez-vous que la volonté de transparence relatif au patrimoine des élus est, en soi, une bonne chose, et jusqu’où faut-il aller ?

Bien sûr, c’est le sens de l’histoire politique française et le fruit d’une maturation de la société. Les décisions prises par le Président de la République constituent un progrès décisif en matière de transparence : déclaration des patrimoines des personnages publics et contrôle de leur évolution, incompatibilité de la fonction de parlementaire avec toute activité de consulting, inéligibilité à vie pour les élus condamnés. C’est l’aboutissement de 30 ans d’efforts pour la moralisation de la vie publique, depuis la loi de 1988 sur le financement des partis politiques, en passant par la loi dite "Sapin" luttant contre la corruption et rendant transparentes les conditions d'attribution des marchés publics ; et, plus largement, la vie économique, jusqu'à la suppression des "primes en liquide" par Lionel Jospin. Là encore, la société a devancé ses élus et ce qui pouvait être toléré hier n’a plus le droit d’exister aujourd’hui.

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Portrait

AJAlain Juillet,
Président du Comité d'Orientation de l'Atelier de la République

 

Président du Forum International des Technologies de Sécurité (FITS), ancien capitaine d’Industrie, il fut le directeur du renseignement de la DGSE entre 2002 et 2003, puis en charge de la cellule Intelligence Economique à Matignon jusqu’en 2009. Il préside le Comité d’Orientation de l’Atelier de la République assure la Vice-présidence de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale.


 

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