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L'Atelier de la République

L'Atelier de la République est un Think Tank indépendant, Humaniste et Progressiste qui place l'Homme au centre de ses réfléxions.

Contre l’Etat islamique, Obama et les autres possèdent-ils le bon logiciel?

JNC

Jean-Noël Cuénod, Ecrivain et journaliste libre Paris-Léman, rédacteur en chef de La Cité.

La décapitation en Haute-Kabylie du guide de montagne français Hervé Gourdel par un groupe de tueurs qui a fait allégeance à l’Etat islamique ne peut que provoquer l’horreur. Mais à ce moment d’indignation légitime doit succéder la réflexion. En diffusant leurs scènes barbares sur les réseaux sociaux, les islamoterroristes visent à manipuler les populations occidentales pour que celles-ci influencent les dirigeants qu’ils ont élus. Sur les quelque 30 000 combattants de l’Etat, environ 3 000 viennent de pays occidentaux. Ils connaissent donc parfaitement la manière dont nous réagissons.

Les islamoterroristes savent que ces images ne peuvent qu’encourager les Etats-Unis et leurs alliés, comme la France, à leur faire la guerre. La preuve, après l’assassinat d’Hervé Gourdel, la France envisage désormais d’entreprendre des frappes aériennes sur la Syrie; jusqu’à maintenant, elle ne les réservait qu’à l’Irak.

 

L’Etat islamique cherche donc cet affrontement, car il veut mettre à profit l’avantage qu’il a pris en envahissant rapidement une grande partie de l’Irak et de la Syrie, sans que les puissances occidentales aient pu ou voulu l’en empêcher. De plus, face à l’Occident, il apparaît comme le «glaive contre les Croisés», seul capable de restaurer la fierté arabe.

La stratégie du calife Ibrahim est limpide: il veut fédérer sous le contrôle de son Etat islamique tous les sunnites du Moyen-Orient pour s’attaquer à ses anciennes bienfaitrices, les pétromonarchies du Golfe ; il créerait ainsi dans la région une grande entité sunnite qui procéderait d’emblée au «nettoyage confessionnel» en supprimant toutes présence chrétiennes, chiites, yézidis ou autres et en jouissant de la rente pétrolière, ce qui lui permettra de décupler son pouvoir de nuisance contre les «démocraties impies».

En face, qu’elle est la stratégie des Occidentaux? Il est difficile d’apporter une réponse tant elle est floue. Sa faiblesse réside dans le «péché originel» de l’Occident en Orient, à savoir le colonialisme. L’Etat syrien comme l’Etat irakien sont des créations artificielles, nées par la volonté des Britanniques et des Français, bricolées sur les ruines de l’Empire ottoman après la Première guerre mondiale. A l’intérieur de ces Etats vivaient des populations fort disparates au point de vue ethnique et religieux ; elles n’avaient donc pas le sentiment d’  «appartenir à une communauté de destin». On n’impose pas plus, de l’extérieur, le sentiment d’appartenance nationale que la démocratie. D’autant plus qu’en islam, politique et religion sont inextricablement liées et que le sentiment religieux l’emporte, en général, sur les aspirations nationales. Celles-ci, d’ailleurs, ont été souvent portées par des Arabes chrétiens, ce qui est tout sauf un hasard.

Tant que des dictateurs – très abusivement qualifiés de «laïcs»  en Occident – maintenaient par la force cette cohésion artificielle, tout allait bien pour les Occidentaux, mais aussi pour les Soviétiques qui, pendant la Guerre froide, ont mené une politique semblable à celle de leurs rivaux de l’Ouest. Dès que ces dictatures ont été mises à mal, le sentiment d’appartenance religieuse a repris sa place prééminente au sein des populations concernées.

Mais comme rien n’est simple, chez les Kurdes,  appartenant à un peuple privé d’Etat, c’est au contraire l’aspiration nationale qui a trouvé un nouvel élan à la suite de l’effondrement des dictateurs de naguère.

Aujourd’hui, que veulent les Occidentaux? Reconstituer l’Etat irakien? Mais n’est-ce pas tenter de réanimer un cadavre? L’Irak est le seul pays arabe à majorité chiite (51%) mais il abrite une forte minorité sunnite (46%); les chrétiens, encore nombreux il y a quelques lustres, se réduisent comme peau de chagrin. Dans l’actuel conflit entre chiites et sunnites, les uns et les autres choisiront leur camp religieux plutôt que celui d’une union nationale qui, pour eux, ne signifie plus grand-chose. Quant aux Kurdes, ils ne pensent qu’à une chose, créer leur propre Etat.

Autre faiblesse des Occidentaux, ils se sont appuyés sur les régimes les plus corrompus pour contrôler le Moyen-Orient. Ainsi, dans les villes sous emprise de l’Etat islamique le prix des denrées alimentaires a-t-il baissé, grâce à la répression de la corruption. Le politologue français Romain Caillet s’en explique dans Le Point:

«En Irak comme en Syrie, l'Etat islamique a mis en place une flopée d'organisations caritatives, telles que le service de protection des consommateurs (qui contrôlent les prix des denrées alimentaires), un organisme de contrôle de la viande hallal, un bureau de relation avec les tribus ou même un bureau de conciliation des citoyens».

 Pour s’imposer auprès des populations qu’il contrôle, l’Etat islamique use à la fois de la terreur et de la bienfaisance. Or, auparavant, ces populations n’avaient guère connu que la terreur sans la bienfaisance. Pour une grande partie d’entre elles, l’Etat islamique est plus qu’un moindre mal.

Or, que font les Etats-Unis et les Européens? Contre l’Etat islamique, ils continuent à s’allier aux pétromonarchies, c’est-à-dire à des régimes qui figurent parmi les plus obscurantistes, les plus tyranniques et les plus corrompus de la planète. Des régimes qui sont particulièrement impopulaires au sein des populations du Moyen-Orient.

Comment espérer l’emporter dans ces conditions? Car des frappes aériennes ne suffiront pas à détruire l’Etat islamique. Et que faire si des troupes occidentales – aussitôt assimilées aux Croisés – doivent entreprendre des opérations terrestres dans cette région qui leur est hostile à tous points de vue?

Est-on prêt à une telle confrontation? Ni Obama ni aucun autre dirigeant occidental n’apportent de réponse. Dès lors, se pose cette question: les responsables des Etats démocratiques possèdent-ils le bon logiciel pour lutter contre l’Etat islamique?

Avec l’émergence des nouvelles technologies, des réseaux sociaux et de la diffusion immédiate d’images à fort contenu émotif, est apparue une nouvelle espèce de politiciens. Ils savent gérer de façon efficace ces instruments et cherchent à répondre à l’émotion publique de la façon la plus adéquate et la plus rapide.

Mais ces mêmes qualités qui leur ont permis de gagner les élections risquent de se muer en défauts, une fois parvenus au pouvoir. Contrairement à Mitterrand, ils ne savent plus comment donner du temps au temps. Ils réagissent plus qu’ils n’agissent.

Cela tombe sous l’évidence, il est impossible de laisser l’Etat islamique continuer sa progression infernale. Mais les démocraties ne peuvent pas se contenter de tomber dans ses pièges médiatiques. A son propos, il convient d’adopter une stratégie claire élaborée sur la base d’une réflexion à long terme et d’une ample vision historique. Les dirigeants occidentaux sauront-ils se désintoxiquer des émotions pour entreprendre cette mission? Le sort de cette guerre en dépend.

Lien vers le Blog de Jean-Noël Cuénod

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Portrait

AJAlain Juillet,
Président du Comité d'Orientation de l'Atelier de la République

 

Président du Forum International des Technologies de Sécurité (FITS), ancien capitaine d’Industrie, il fut le directeur du renseignement de la DGSE entre 2002 et 2003, puis en charge de la cellule Intelligence Economique à Matignon jusqu’en 2009. Il préside le Comité d’Orientation de l’Atelier de la République assure la Vice-présidence de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale.


 

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