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L'Atelier de la République

L'Atelier de la République est un Think Tank indépendant, Humaniste et Progressiste qui place l'Homme au centre de ses réfléxions.

La résilience comme arme contre le terrorisme

Jean-Louis BruguièreLes actions terroristes récentes et les réactions des opinions publiques et des réponses institutionnelles ont mis en évidence la capacité des Etats à gérer les crises sécuritaires en s’appuyant sur un consensus national au niveau de la population, des médias, des pouvoirs publics, aux fins de pouvoir résister à une menace.

C’est ce qu’on appelle la « résilience ». C’est la capacité de mobilisation de l’ensemble des forces vives, de la population aux milieux économiques à soutenir et avoir confiance dans l’action des pouvoirs publics.

Il y a deux niveaux de résilience. La résilience objective et la résilience ressentie.

La résilience objective résulte de l’ensemble des moyens et de la capacité de mobilisation générale et d’organisation de la puissance publique, lorsqu’un évènement tragique se produit comme il s’est passé en France en novembre 2015 ou à Londres en 2005 ou encore aux Etats-Unis dès 2001.

En mettant une parenthèse à l’ensemble des mécanismes complexes et souvent antagoniques des systèmes démocratiques et aux tensions et aux oppositions partisanes de la vie politique, la nécessité de la sauvegarde des valeurs fondamentales et du socle commun mobilise les pouvoirs publics et l’ensemble de la classe politique vers un soutien total à l’action du gouvernement.

 

La Résilience ressentie, c’est comme pour la météo, le froid ressenti. L’impression du froid est différente de ce qu’indique réellement le thermomètre. Si l’opinion publique extérieure et donc également les terroristes croient en la capacité d’un pays à résoudre et à éviter que des évènements terroristes se reproduisent, alors le pays peut être considéré comme très résilient.

Et ce sentiment de résilience a lui-même des incidences très positives et amortit en même temps les incidences négatives des attentats comme par exemple les conséquences sur l’activité économique ou touristique.

Ces deux résiliences, objectives et ressentis, sont la capacité de pouvoir se mobiliser, de résoudre et d’éviter des attentats en allant vers un système structurellement efficace dans sa capacité politique et législative, « un système durci ».

Un système fortement décentralisé et sensible aux tensions politiques est souvent plus fragile qu’un système centralisé. La réponse à la menace est moins réactive et plus difficile et le risque sécuritaire augmente. Lorsque vous avez un système extrêmement homogène, très centralisé, un consensus fort est une réponse.

En France il y a une capacité et une volonté non partisane de modifier les lois très rapidement et adapter la législation à la menace. Un pays unitaire et centralisé comme la France est ici un élément et un gage d’efficacité même si, c’est le revers de la médaille, on peut avoir des débats   et quelquefois des inquiétudes sur la question des libertés civiles.
 
5 lois votées de 2012 à 2015, des moyens et une prise de conscience importantes, une opinion publique qui suit à plus de 70%, voire à 100 % au lendemain du 13 novembre le chef de l’Etat, standing ovation de tous les députés : nous sommes au cœur de la souveraineté. Ce sont des images symboliques très fortes.

Les britanniques partagent cette même capacité de mobilisation. Tout le monde est debout et la presse, dont on ne peut pas contester l’indépendance, ne dira pas un mot qui pourrait être nuisible à l’action du gouvernement. Elle reflète cette nécessité du consensus face à un péril majeur.

L’Espagne, en dépit de son fédéralisme, a, par son histoire institutionnelle et des menaces sécuritaires répétés, développé des outils centralisés puissants. Elle est de ce fait, comme c’est le cas de la Grande-Bretagne, un pays qui peut être considéré comme très résilient.

L’Allemagne apparait plus vulnérable en raison de son système institutionnel qui accorde une position dominante au Lander, y compris dans le domaine de la coopération internationale   policière et judiciaire. Ces compétences dissociées entre les landers et l’Etat fédéral ne sont pas un gage d’efficacité. De plus l’opinion publique allemande et les partis politiques sont plus sensibilisés qu’en France par le problème des atteintes aux libertés civiles et pousser le curseur vers plus de sécurité est plus difficile à faire admettre par le législateur allemand.

Les pays du Nord de l’Europe sont beaucoup plus hétérogènes et le débat y est une composante importante de leur fonctionnement institutionnel, de leur histoire et de leur chaîne de valeurs. Il n’y a pas de sujet ou de thématique qui en soit, et en toute circonstance, réunit l’ensemble de la classe politique. Ce sont des pays qui ont une conscience aigüe du débat démocratique qui peut nuire à une nécessaire mobilisation qui ne peut résulter d’un consensus. Il n’y a pas de domaine qui puisse être considéré comme un domaine réservé et ces pays n’ont pas été confrontés à une menace.

Paradoxalement les pays du nord  sont donc une cible potentielle pour les terroristes. Ce qui crée un risque majeur pour l’ensemble de l’Europe et démontre surtout la nécessité d’une solidarité européenne et mondiale dans la prise de conscience et dans la convergence des moyens et des actions.

Face à la résilience objective et à la résilience ressentie : la résilience stratégique.

La résilience stratégique c’est la façon dont on conçoit le type de menaces, les enjeux politiques, économiques, la façon avec laquelle on met en place une réponse adaptée, une contre stratégie, à la fois en amont, qui va être celle de la lutte contre la radicalisation, comme en aval avec le renforcement du dispositif de renseignements pour le remettre à niveau, du dispositif policier et judiciaire, et comme celle d’une législation adaptée.

C’est rendurcir également l’action extérieure, avoir une action politique et diplomatique comme la France qui s’engage avec notre armée que cela soit en Syrie, en Irak ou dans la zone du Sahel avec 3000 hommes actuellement sur le terrain : nous avons une capacité de réponse stratégique globale adaptée, une résilience stratégique globale et opérationnelle.

Les marchés financiers, système fondamentalement non résilient et très réactionnel par nature, sont un bon baromètre. Si vous regardez le 13 novembre, il y a eu des effets négatifs très réactionnels sur le plan du tourisme mais la bourse elle n’a pas bougé. Les marchés n’ont pas réagi.  Ils n’ont pas intégré cela comme étant une menace : la gestion l’a emporté sur le risque, la confiance dans les pays touchés à régler la situation l’a emporté sur les craintes d’un manque de capacité de réaction.

On est vraiment dans la résilience. Si le marché fait confiance dans les pays touchés, dans la capacité à régler la situation, comme cela a été le cas en Angleterre en 2005 et en France en 2015, il considère qu’il n’y a pas de risque économique et financier. Et cette réaction ou plutôt non réaction des marchés participe à la perception de la résilience du pays par les terroristes.

Le danger est la réaction possible de places financières qui sont très sensibles dans des pays comme le Japon qui par culture, a peu de capacité d’anticipation et de réaction vis-à-vis des menaces, qui sont donc peu résilients, et ainsi d’une contamination mondiale dans la mesure où toutes les bourses sont interdépendantes.

Donc la faiblesse d’un pays en termes de résilience aura des conséquences sur l’ensemble du système financier.

La France est résiliente par ce que depuis les années 90 elle a toujours combattu avec détermination le terrorisme. Elle paye aujourd’hui cette détermination en étant la cible prioritaire de Daech. Encore qu’il y ait d’autres facteurs. Cette résilience la rend moins vulnérable que d’autres pays qui le sont moins.

Mais en définitive la détermination d’un pays comme la France à lutter efficacement contre le terrorisme, sa « résilience » face à la menace et la meilleure en plus tes contre le terrorisme. Et quelque soit la propagande des organisations qui nous frappent, comme Daesh, les coups qu’on leur porte renforce ce sentiment de «  résilience »  tant à  leur égard que pour la communauté internationale et les amoindrissent. La neutralisation terroriste au cours d’opérations policières ou leur arrestation sont autant de défaites qui nuisent à leur image.

Défaite après les arrestations hyper médiatisées récentes, défaite plus globale en termes de communication. Défaite militaire également lorsqu’en même temps Daesh recule sur le terrain avec la progressive de leurs positions et celle en particulier de Palmyre.

A partir du moment où un pays est résilient, vous êtes en capacité de gérer les menaces, ne serait-ce que provisoirement, y compris dans le domaine de la communication, parce que c’est une réponse que vous faites à la menace.

Face à des organisations qui utilisent la violence, la barbarie, c’est la volonté pour un pays de développer la résilience, cette capacité de sortir, de résister, de ne pas être affecté ou ébranlé, en même temps sur le plan du fonctionnement institutionnel, politique, économique, comme celui des valeurs qui permettra de contribuer à l’équilibre régional et mondial.

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Portrait

AJAlain Juillet,
Président du Comité d'Orientation de l'Atelier de la République

 

Président du Forum International des Technologies de Sécurité (FITS), ancien capitaine d’Industrie, il fut le directeur du renseignement de la DGSE entre 2002 et 2003, puis en charge de la cellule Intelligence Economique à Matignon jusqu’en 2009. Il préside le Comité d’Orientation de l’Atelier de la République assure la Vice-présidence de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale.


 

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