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L'Atelier de la République

L'Atelier de la République est un Think Tank indépendant, Humaniste et Progressiste qui place l'Homme au centre de ses réfléxions.

Le masculin collé à la peau

Catherine-Kratz-JoppkeLes femmes n’arrêtent pas de se comporter en femmes, c’est-à-dire dérangeantes, perturbatrices de l’ordre des choses, scandaleuses ! Valérie Pécresse arrive en jeans pour siéger à l’Assemblée nationale! Sans parler de Cécile Duflot qui réitère ses « provocations » puisqu’après avoir bousculé le mode vestimentaire en portant elle aussi, et la première, des jeans dans le cadre de sa fonction, elle déclenche à nouveau un tollé en portant une petite robe fleurie au sein de la prestigieuse assemblée … ! Les hommes sont interpellés, les femmes méritent-elles d’accéder à de telles fonctions ?  De plus, comme l’avaient clairement déclaré certains sénateurs lors de la présentation du projet de loi sur la parité au sénat, ils ne sont pas prêts à laisser des « potiches » prendre leurs places.

Cette introduction nous indique à quel point la question de l’occupation de postes de pouvoir par des femmes ne va pas de soi au sein de notre société. A ce titre, le vêtement en tant que marque laisse transparaître l’image  sociale de l’ordre entre les sexes, fondateur  de notre organisation sociale et ce faisant en assure sa reproduction.

En effet, les sociétés de forme patriarcale ont institutionnalisé des signes extérieurs marqueurs physiques pour les filles et les femmes de telle sorte à visualiser et perpétuer leur paradigme du pouvoir masculin sur le féminin, c’est-à-dire, exprimé en termes bourdieusiens,  la violence symbolique de la domination masculine au sein de la sphère sociale.

Ces sociétés ont décliné des formes diverses de ce paradigme selon leur histoire et leur culture. Toutefois il existe un point commun à toutes ces sociétés c’est l’utilisation de la couverture du corps, peau et/ou vêtement, comme véhicule de ce pouvoir.  En effet, dès lors que la femme parait dans la sphère publique elle devient objet de manifestation de cette violence symbolique signalée à même la peau -  en Inde par exemple avec un point rouge tatoué sur le visage de la femme mariée- ou par le vêtement, sa deuxième peau. A ce point, il faut noter la performance élevée et dévastatrice de cette violence symbolique, et donc perçue comme légitime, au regard des femmes portant des voiles plus ou moins couvrants et dont la version extrême, le burqa, parvient à les faire dis-paraître non plus seulement en tant qu’être mais aussi en tant que personne au sein de l’espace public. Elles sont réduites au statut de signe, publicité affichée de l’ordre social dès lors qu’elles apparaissent dans la sphère publique.

Loin de nous de tels excès dans nos sociétés libérées de ces archaïsmes…Néanmoins, les femmes ont-elles pour autant réussi à se dé-marquer de cette empreinte sociale porteur d’un ordre social fondé sur la domination masculine?

Jusqu’à la féminisation du pantalon  fortement défendue par Coco Chanel qui souhaitait libérer le corps et l’esprit des femmes, la distribution des rôles sociaux se reflétait clairement dans nos sociétés par l’opposition stricte entre codes vestimentaires féminins et masculins, entre porteurs de jupes et porteurs de pantalons. Relevons pour le petit clin d’œil l’abrogation récente du décret datant de 1800 qui imposait à toute femme désirant s’habiller en homme – porter un pantalon – d’obtenir l’autorisation préalable de la préfecture de police de Paris , cette dernière étant conditionnée à la fourniture une raison d’ordre médical.

Le pantalon et à travers lui,  l’acceptation d’un code vestimentaire non discriminant égalitaire entre les sexes a –t-il eu un effet de rupture dans la reproduction du schéma de distribution des rôles entre hommes et femmes au sein de la société patriarcale, un effet d’émancipation sociale des genres ?

Le contexte historique semblait pouvoir y contribuer : les femmes parvenaient à s’approprier la sphère publique masculine car cette fois-ci ce sont les hommes partis à la guerre qui disparaissaient et abandonnaient ainsi le terrain aux femmes.  Cette émancipation symbolisée par le pantalon ne fut hélas que de courte durée car dès l’après-guerre,  les femmes portant des pantalons sont qualifiées de « garçonnes », c’est-à-dire des androgynes ou lesbiennes, non dérangeantes car perçues comme victimes d’un phénomène de mode… ce qui reste tellement féminin ( !) et nous sommes de plus dans la période des années folles … Le rêve de Coco Chanel d’émanciper le corps et l’esprit des femmes au travers d’une mode empreinte de masculin a certes conduit à complexifier l’image sociétale des femmes en rapport à leur corps- avec le transgenre de la garçonne on sort de la seule approche dichotomique épouse mère/putain - mais elle n’a pas réduit pour autant la violence symbolique autorisant les hommes à reprendre contrôle de l’intégralité de la sphère sociale au détriment des femmes repoussées  après la guerre dans leur rôle de subalternes.

De façon tout à fait surprenante l’émancipation des femmes, suite à l’avènement de la commercialisation de la première pilule contraceptive, se manifeste dans les années 60 par la mini-jupe, emblème on ne peut plus féminin qui va symboliser l’émancipation et la libération sexuelle des femmes. Les femmes veulent s’afficher  comme des êtres libres et choisir si elles le désirent de montrer leur corps en public. Rendre le féminin ostensible en public constitue un acte de rébellion contre le contrôle du corps des femmes par les hommes. Ôter son soutien-gorge en public est une profession de foi pour la libération des femmes ! Néanmoins cette émancipation concerne essentiellement le corps de la femme qui se dé-marque du rapport physique à l’homme : l’absence de trace physique visible – être enceinte - ouvre la possibilité de liberté sexuelle exprimée par un corps libre de ses mouvements car libéré de ses vêtements.

Plus avant dans ce mouvement de libération des femmes, le mouvement féministe actuel et contestataire des FEMEN a pour règle d’apparaître en public seins nus avec la peau comme marqueur de leurs revendications. Ainsi cette approche va plus loin encore car, dans ce cas, le corps féminin devient instrument  de libération des esprits  au moyen de la publication à même la peau d’un discours de révolte contre l’ordre social des sexes. En ce sens les FEMEN tendent non seulement à la réappropriation de leurs corps par les femmes, mais aussi à déconstruire au moyen de ce corps reconquis, la violence symbolique de la domination masculine.  Cette déconstruction a pour objet de renverser les postulats fondamentaux de la hiérarchie des sexes présents dans les textes fondateurs de nos sociétés – citons par exemple dans leur répertoire, «pope no hope » ou « Françaises, déshabillez-vous ».

Ainsi cinquante ans après la libération sexuelle des femmes, les FEMEN trouvent matière à s’exprimer. Et pour cause : la discrimination sociale dont sont encore victimes les femmes nous prouvent que la libération des esprits n’a pas suivi la libération des corps. Le mythe fondateur du tout masculin a certes été bousculé par cette libération du corps des femmes qui a réduit d’autant le pouvoir d’emprise physique des hommes sur les femmes. Toutefois cette avancée des femmes dans la sphère publique ne leur a pas conféré un accès aux sphères du pouvoir jalousement gardées par les hommes, bien au contraire.  On pourrait même penser que cette explosion sociale de féminité a exacerbé les valeurs masculines construites en opposition au féminin.  C’est pourquoi pour accéder à des postes d’autorité il est nécessaire d’afficher des valeurs viriles: domination, stature, assurance, autorité.  Vrai défi pour les femmes dont le physique ne correspond pas à l’emploi. Le principe du masculin reste par conséquent encore actuellement la mesure de l’accès au pouvoir. Cela fait d’ailleurs consensus  dans les hautes institutions  même au plan européen. Ainsi le  Conseil européen a-t-il nommé le luxembourgeois Yves Mersch au sein du Directoire de la Banque centrale européenne alors même que  le Parlement européen s’y était très largement opposé le 25 octobre 2012 eu égard à l’absence totale de femmes au sein de cette institution.  La considération paritaire ne peut être prise en compte dans ces institutions sérieuses, seule la vraie compétence des personnes doit être retenue….en effet, l’homme au contraire de la femme détiendrait la fameuse « autorité naturelle » qui sied au profil du poste..!  Qu’une femme prétende exercer un pouvoir sans posséder les attributs de la masculinité nous fait tomber dans le burlesque. La ministre Cécile Duflot vêtue d’une robe fleurie à l’assemblée a « affolé » les députés, ces messieurs se sont même autorisés à siffler… Quel manque de sérieux pour une ministre! Porter un jean - signe de l’ouvrier et par extension du manque de soin de sa personne- ou une robe de jeune fille –signe de l’immaturité féminine-  ne constitue pas même une infraction au règlement du code vestimentaire de l’Assemblée qui a « oublié » d’envisager le cas des femmes ( !) mais par contre, constitue une infraction à la norme sociale fondée sur le mythe du tout masculin, source des réactions scandalisées et misogynes.

Pour répondre à la fois aux contraintes sociales nées de la violence symbolique de domination masculine et à leur volonté personnelle d’accéder à des positions sociales de pouvoir, les femmes n’ont eu jusqu’à ce jour d’autre solution que de recourir au faux semblant, au paraître masculin. Se travestir en homme en adoptant les codes virils - le mode d’expression (l’autorité), la manière de s’habiller (costume noir de préférence et chemise blanche) et la manière d’être en général (la domination) va les revêtir de légitimité propre à leur ouvrir l’accès aux  mêmes pouvoirs que les hommes dans la sphère publique.

Nous ne sommes pas si éloignés de l’époque de Georges Sand…

Le mythe du tout masculin a la vie dure et longue…Les femmes ont réussi à imposer leur égalité juridique mais ce mythe fondateur de notre société n’a pas pour tout autant été ébranlé, bien au contraire il transparait dans des situations sociales nouvelles. Cette discrimination du féminin est appelée à persister aussi longtemps que le masculin sera associé au pouvoir et que le féminin sera perçu comme la négation du masculin.  Nous assistons donc à un schisme entre culture et droit. Les femmes sont par conséquent, dans ce contexte, condamnées à lutter sans cesse contre ce déni d’existence sociale et à combattre pour la protection et le respect de leur droit à l’égalité des chances.

Pour sortir de cette impasse, il importe de parvenir non seulement à déconstruire le mythe fondateur du tout masculin mais à reconstruire le sens de la dichotomie masculin/féminin au sein de la sphère sociale à partir du postulat d’égalité entre les sexes. Ainsi dans le cadre de ce nouveau paradigme, le féminin ne peut plus correspondre à la négation du masculin mais différemment masculin et féminin doivent se trouver dans un rapport réciproque d’altérité.  Le féminin est l’autre du masculin et vice versa.  Cela signifie bien entendu une révolution culturelle de nos sociétés.  En attendant d’y parvenir  nous pouvons suggérer d’opter en faveur du neutre -ni masculin/ni féminin. La neutralité s’opère par l’effacement des signes distinctifs d’appartenance à un groupe, dans le cas présent au genre.  La neutralité est un principe directeur de la justice et ce n’est donc pas par hasard que les avocats et les juges portent un costume judiciaire durant les audiences.

C’est pourquoi, de la même manière, et afin de mettre un terme à cette imposition de normes masculines au sein des assemblées représentatives, nous proposons que chaque élu(e)  revête avant de siéger une robe symbolisant nos valeurs démocratiques dont celle de l’égalité des citoyens. Cette robe neutralisera le genre et rappellera de plus aux élu(e)s  qu’ils ne sont présents dans l’Assemblée qu’au seul titre de représentant d’une communauté de citoyens, femmes et hommes, qui ont placé en eux leur confiance. La qualité des débats parlementaires ne pourra que s’en trouver améliorée.

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Portrait

AJAlain Juillet,
Président du Comité d'Orientation de l'Atelier de la République

 

Président du Forum International des Technologies de Sécurité (FITS), ancien capitaine d’Industrie, il fut le directeur du renseignement de la DGSE entre 2002 et 2003, puis en charge de la cellule Intelligence Economique à Matignon jusqu’en 2009. Il préside le Comité d’Orientation de l’Atelier de la République assure la Vice-présidence de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale.


 

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