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L'Atelier de la République

L'Atelier de la République est un Think Tank indépendant, Humaniste et Progressiste qui place l'Homme au centre de ses réfléxions.

Approfondissement, Elargissement quelle Gouvernance Européenne ?

vivianeL’incertitude qui règne sur la délimitation des frontières de l’Union continue à engendrer des inquiétudes.  En effet, le bilan concernant les dernières adhésions est pour le moins mitigé.
Le dernier nouveau venu Européen sera la Croatie qui entrera officiellement dans l’Union le 1er juillet 2013.  En effet, la population croate  s’est prononcée en faveur de l’adhésion le 22.01.2012 (67% des suffrages).  Elle deviendra donc le 28ème pays de l’Union.

Que représente la Croatie ?
61% du PIB par habitant en standard de pouvoir d’achat (ce qui représente presque le niveau de la Pologne) ; pour ce qui concerne son niveau de vie, très au-dessus de ses voisins des balkans. Cependant la Croatie a basculé dans la récession en 2012. De plus, il faut aussi noter un niveau de corruption assez élevé comme d’ailleurs la Grèce (membre de l’Union depuis 1981) et comme d’ailleurs la Bulgarie.

Quels sont les postulants à l’Union ?
a)    La Macédoine, le Monténégro, et la Serbie : les candidats officiels,
b)    L’Albanie : a déposé sa candidature,
c)    La Bosnie-Herzégovine et le Kosovo : sur le seuil,
d)    La Macédoine : véto de la Grèce.

Quels sont les exigences de la Commission à l’égard de ces candidats ?
A la lumière des dernières adhésions et des leçons qui en découlent, la Commission portera une attention toute particulière sur des principes considérés comme fondamentaux pour rejoindre ou même pour être pris en compte.  Pour mémoire, les socles indispensables sont :
-  l « ’acquis communautaire » : l’adoption de toute la législation européennes, soit des 35 chapitres (énergie, transport, affaires intérieures….), n’est pas négociable  comme d’ailleurs sa mise en œuvre par le pays concerné tout en respectant le calendrier prévu.
- Les dispositions financières : soit les contributions du nouvel Etat membre au budget de l’UE, et également les aides que ce dernier percevra.

 Le renforcement de l’Etat de droit: ce message envoyé par la Commission européenne montre très nettement que l’adhésion pleine à l’Union relève de conditions contraignantes, qui ne peuvent émerger que si la volonté politique du pays concerné est réelle et concrète. A cela s’ajoute la résolution des différends bilatéraux ou multilatéraux entre les pays considérés (ex. Serbie et Kosovo).
Les insuffisances constatées concernant l’application stricte de l’Etat de droit s’articulent autour du respect des droits fondamentaux. Un appareil judiciaire efficace et fondé sur des valeurs solides s’avère, pour nombre de candidats relever d’un véritable défi à la fois structurel et organisationnel. Dans nombre de ces pays, l’on constate la vétusté des structures alliée à une faiblesse des ressources humaines qui « permettent » à la corruption de s’installer dans le système judiciaire (voir le rapport de l’ONG « Transparency International »). En d’autres termes, la criminalité organisée demeure une priorité clé et elle est bien évidemment un problème endémique pour  tous ces pays.

La liberté d’expression dans les médias : droit fondamental d’un Etat démocratique. Or la Commission souligne, que malgré la pluralité des médias, l’ingérence du politique est une constante  qui ne permet donc pas le respect de ce principe.  Elle se traduit par l’usage « inapproprié » du système juridique en place, le recours à la corruption pour influencer les médias ou un refus de la protection des journalistes, voire même des violences qui ne se soumettent pas aux diktats des politiques.  A la lumière de ce qui précède, la Commission considère que la mise en place d’une politique de la liberté d’expression,  à la fois critique et indépendante à l’égard des médias, comme étant une exigence déterminante pour envisager de rejoindre l’UE.

On pourrait ajouter à ces deux chapitres, d’autres dont les valeurs sont essentielles comme par exemple le manque de transparence pour ce qui concerne les politiques économiques. Il faut  ajouter à cela la concentration de la propriété entre une poignée de « responsables », le manque de concurrence loyale et évidemment l’absence d’indépendance des régulateurs du marché. Bien entendu il faut souligner le chômage qui s’est installé dans les Balkans occidentaux, soit 21% de la population avec un taux particulièrement élevé pour la population jeune.

On peut donc légitiment penser que les difficultés systémiques de ces pays que l’on considère en transition, auxquelles il faut ajouter une part importante d’économie « de la corruption » ne peuvent pas prétendre à intégrer les pays de l’Union. Cependant d’autres considérations à la fois géostratégiques et géopolitiques semblent se dessiner.

A celles-ci, ajoutons que ces pays  néanmoins imprégnés par le savoir-faire et le savoir-être européen, deviendront, à terme, des marchés économiques pour les pays de l’Union. L’expertise internationale est largement déployée dans ces pays via l’aide technique, et de nombreux jumelages qui sont portés par des financements européens.  D’ailleurs, déjà d’autres acteurs (Russie, Chine) surgissent sur l’échiquier des Balkans et s’y déploient largement.

Quels sont les enjeux ?

Les Balkans et l’attrait économique du voisin Russe
Les liens entre la Russie et les Balkans existent et se développent autour du défi économique et du positionnement géographique qui en font des territoires d’enjeux. Citons d’une part,  l’accord de libre échange qui a été signé entre la Serbie et la Russie, qui ouvre aux produits serbes le considérable marché russe  sans oublier les prêts que la Russie accorde à Belgrade (chemins de fer, centrales hydrauliques). D’autre part, notons l’avis très favorable de Moscou quant à une potentielle adhésion de la Serbie à l’Union.

Pourquoi ? In fine, l’objectif de la Russie est de devenir le fournisseur incontournable de gaz à toute l’Europe, en utilisant les Balkans occidentaux comme zone de transit pour son gazoduc « South Stream ». C’est donc à la fois un partenariat stratégique, énergétique et économique pour les pays concernés qui est mis en place.

Prenons l’exemple de La Serbie, elle est donc un  interlocuteur très privilégié de Moscou, mais un dilemme se pose à ce pays : celui d’un choix entre les règles qui prévalent dans l’Union, et celles appliquées par la Russie notamment dans son exploitation du gaz.  En effet, Gazprom cumule à la fois l’activité de  producteur et fournisseur ce qui est contraire  aux règles de concurrence de la Commission.

L’UE est ainsi confrontée au problème de pays historiquement européens, mais démocratiquement et économiquement faibles.  Ces mêmes faiblesses sont paradoxalement des atouts pour la Russie qui saura en jouer pour négocier des accords avantageux.
Transiger avec la volonté d’installer un état de droit dans les territoires balkaniques dessinerait un avenir au parfum d’un passé douloureux,  et  encore trop récent.

L’UE doit continuer d’assumer son rôle d’impulsion, mais elle doit se limiter à nouer des relations privilégiées avec les pays candidats, compte tenu de l’environnement économique et budgétaire actuel.  En effet,  il ne peut être question d’imposer de nouvelles ouvertures dans une Europe largement en récession et dont le dernier budget est d’une rare modestie eu égard aux ambitions qu’il représente.  

La Turquie et ses atermoiements

Il faut se rappeler qu’elle est membre « associée » depuis 1963 ! Elle a été officiellement reconnue candidate le 12 décembre 1999. Cependant sa demande d’adhésion est un sujet de controverse majeur.  La grande majorité des français, comme d’ailleurs bon nombre d’Européens restent très réticents à son entrée dans l’Union.  Songeons au poids qu’elle pourrait représenter, de par sa démographie, dans le cénacle du Parlement Européen.

On ne peut manquer de souligner l’importance d’abord historique et géopolitique de ce pays. Il serait très dommageable pour l’Union si la tentation des autorités turques à rejoindre l’ »Organisation de Coopération de Shanghai » (OCS),  et à  ainsi abandonner l’idée européenne. Depuis 2001, le Groupe de Shanghai est devenu une union à 6 : Russie, Chine, Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizstan et Tadjikistan.  Cette organisation dont la potentialité économique des membres favorise la coopération dans des domaines de la sécurité, de l’énergie, du commerce et de la politique.  La Turquie vient d’être gratifiée du statut  de « partenaire de dialogue », probablement avant de devenir observateur qui représente un pas de plus vers l’OCS. Le Pakistan et l’Inde (actuellement observateurs) prévoient également de rejoindre cette organisation. Cependant, le premier ministre turc ne cache pas son ambition de rejoindre l’OCS, qui lui offre un potentiel et une attractivité économique  évidents.

Osons penser qu’ Erdogan emploie cette stratégie pour « forcer » les Européens à sortir de l’ambiguïté et à donner une réponse à la Turquie quant à son adhésion future. Cette décision signifierait pour la Turquie qu’elle abandonnerait l’Ouest pour mieux regarder vers l’Est.  Cette position est particulièrement improbable pour Ankara compte tenu notamment de l’appartenance de la Turquie à l’OTAN.  Que penseraient ses nouveaux partenaires, la Russie et la Chine de cette appartenance ? Comment l’OTAN accepterait cette situation très inédite ?

Cette politique étrangère de la Turquie ne semble pas encore une réalité, car son ambition reste probablement de rejoindre l’UE à la lumière des valeurs démocratiques, sociales et économiques qu’elle peut et doit représenter. M. Erdogan aurait suggéré 2025 comme date limite de son adhésion.

La Turquie représentera, à terme, une grande puissance régionale dont la position géographique entre l’Europe occidentale, la Russie et le Moyen-Orient fera d’elle un interlocuteur indispensable notamment  pour le maintien de la paix dans les zones de guerres endémiques.
 
Le jeu des autres puissances qui  s’intéressent aux pays candidats étrangement la Chine et bien entendu la Russie sont déjà très présentes dans les Balkans.
Tous deux, recherchent les marchés européens pour écouler leurs exportations. De plus, la Chine doit compter sur des terroirs nouveaux pour nourrir sa population.
La Chine fait également le jeu de la Serbie en l’aidant à défendre  sa  position à l’égard du Kosovo, et jouit donc d’un capital de sympathie auprès des décideurs serbes.


Quelle maîtrise avons-nous de ce puzzle géopolitique  et économique?

Avec quelles stratégies l’Union peut-elle efficacement agir ? : Elle  doit démontrer son exigence de liberté, de solidarité et de démocratie souhaitée mais non imposée.

Quel niveau d’Europe les citoyens veulent-ils (les prochaines élections du PE seront un précieux indicateur) ? : Des concepts dynamiques et des instruments nouveaux seront imaginés par l’assemblée parlementaire élue.
 
Où doivent s’arrêter nos frontières ?  Souhaitons que l’Union puisse  rester un pôle de puissance et d’influence, un acteur de la mondialisation, malgré  un avenir démographique déclinant.

Les réponses qui seront données à ces questions complexes doivent nécessairement rester ambitieuses, car l’obstination de l’Europe à  réussir fait partie de ses talents.

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Portrait

AJAlain Juillet,
Président du Comité d'Orientation de l'Atelier de la République

 

Président du Forum International des Technologies de Sécurité (FITS), ancien capitaine d’Industrie, il fut le directeur du renseignement de la DGSE entre 2002 et 2003, puis en charge de la cellule Intelligence Economique à Matignon jusqu’en 2009. Il préside le Comité d’Orientation de l’Atelier de la République assure la Vice-présidence de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale.


 

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