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L'Atelier de la République

L'Atelier de la République est un Think Tank indépendant, Humaniste et Progressiste qui place l'Homme au centre de ses réfléxions.

Interview de Philippe Folliot, Député UDI du Tarn

Philippe FOLLIOTPhilippe Folliot,
Député UDI du Tarn,
en charge de la Défense au sein du Contre-Gouvernement de l'UDI

 

Interviewé par Emmanuel DUPUY, Administrateur de l’Atelier de la République, Président Institut Prospective et Securite en Europe (IPSE)

Emmanuel DUPUY :  Vous êtes en charge de la Défense à l'UDI, plus précisément charge de ces questions au sein du Contre-Gouvernement. Pourriez-vous nous expliquer en quoi cela consiste ?

Philippe FOLLIOT : Gouverner c'est prévoir. C'est la raison pour laquelle, le contre-gouvernement de l’UDI, installé par Jean-Louis Borloo, œuvre pour préparer une alternative politique responsable et réaliste. En tant que responsable des questions de défense, et fort de mon expérience au sein de la commission de la défense et des forces armées de l'Assemblée nationale (secrétaire de cette commission), mon rôle est de proposer un programme cohérent, crédible et constructif dans le domaine de la défense qui est un enjeux politique majeur comme nous le rappelle quotidiennement l'actualité. A ce titre je viens de rendre public le projet-défense de l'UDI. Réalisé en lien avec des experts dans le domaine de la défense, des relations internationales, mais aussi des militaires. Il a pour objectif de proposer un projet afin de mettre en place une politique plus ambitieuse pour la défense nationale et européenne avec des propositions qui peuvent rapidement être mises en œuvre voire reprises dans le cadre du sommet européen de la semaine prochaine consacré à la sécurité et la défense. A ce propos nous l'avons transmis au Ministre de la défense pour qu'il en prenne connaissance et s'en inspire également.

Emmanuel DUPUY :  Vous venez de présenter le projet défense de l'UDI ainsi que les 18 propositions qui le fonde. Quelles sont les grandes lignes à retenir ?

Philippe FOLLIOT : Ce projet s'articule autour de 3 blocs fondamentaux ; "Europe de la défense",  "Évolution des forces armées" et "Lien armée-nation et mémoires de la nation". Il se veut pragmatique, répondant aux problématiques du 21ème siècle d'un point de vue international, mais aussi aux inquiétudes de la communauté militaire sur le terrain.

Alors que l’Europe baisse la garde sur le plan budgétaire et capacitaire et qu'elle peine à faire entendre une voix unie sur la scène internationale, nombreux sont ceux qui s’arment ou se réarment. Il est indispensable de travailler activement au renforcement de notre coopération européenne en matière de défense, notamment en dotant l'Europe de moyens financiers dédiés, et en utilisant au mieux les nouveaux outils institutionnels communautaires. L'objectif affiché de notre démarche est de faire émerger une voix européenne forte et crédible sur la scène internationale qui devrait être accompagnée d'actions à forte vocation symbolique comme la création d'un quartier général militaire permanent et la mise en place d'un véritable pôle de défense européen.

Le monde est incertain et en permanente évolution. L'évolution du contexte géostratégique, l'émergence de nouveaux pôles de puissance économique, démographique, monétaire, militaire, la multiplication des conflits asymétriques, la diversification des menaces - terroriste, conventionnelles ou non conventionnelles, prolifération, cybercriminalité - nous invite à adapter en permanence nos concepts stratégiques. La Loi de programmation militaire (LPM) établit le cadre mais celui-ci n’est pas satisfaisant. Il convient ainsi de garantir davantage les moyens aux forces militaires quelles qu'elles soient pour répondre aux différentes menaces. La préservation de nos forces de souveraineté, renforcer les infrastructures et les équipements des personnels des forces combattantes, la création d'une base avancée permanente pour la Méditerranée occidentale comme orientale et l’Afrique, où se situent les potentielles zones de conflits, le maintien du programme BATSIMAR sont quelques-unes de nos propositions concernant les forces armées.
Par ailleurs, nous sommes les premiers à dire que nous allons rééquilibrer certains moyens financiers du nucléaire vers le conventionnel et supprimer progressivement le 1er composante aérienne.
Enfin j'estime que le lien « armées - nation » doit plus que jamais être consolidé. Trop souvent éloignés de la chose militaire, les responsables politiques doivent être les premiers à montrer l'exemple en allant aussi régulièrement que possible à la rencontre de nos hommes sur le terrain et en opérations extérieures, ainsi qu'au contact des élèves dans toutes nos écoles militaires. De plus, crées à l'occasion de la suspension du service militaire, les réserves citoyennes constituent un outil formidable aussi bien pour  créer des liens entre civils et militaires que pour trouver les compétences nécessaires en cas de crise majeure. . Le lien « armées – nation » ne s'arrêtant pas aux seuls « actifs », nous devons renouer un dialogue constructif et respectueux avec les associations patriotiques et d'anciens combattants, et mieux associer la jeunesse aux commémorations nationales

Emmanuel DUPUY :  Quelles sont les raisons de lutter contre et les propositions/les moyens sur la cyber-menace, en particulier ?

Philippe FOLLIOT : Les attaques informatiques et électroniques se sont particulièrement développés ces dernières années et représentent de réelles menaces au 21e siècle. C'est la raison pour laquelle il faut y apporter les réponses nécessaires à celles-ci. La Loi de programmation militaire prévoit un renforcement significatif des efforts dans ce domaine. Mais il faut aller plus loin. Mon collègue Jean-Marie BOCKEL, sénateur UDI du Haut-Rhin a rendu un rapport sur la cyber-défense, « La cyberdéfense : un enjeu mondial, une priorité nationale », qui préconise différentes mesures qui me paraissent essentielle et qui ne sont pas prises en compte actuellement. Par exemple, la création d'une Base industrielle et technologique en matière cybernétique (BITC) sur le modèle de la base industrielle et technologique de défense (BITD) permettant de garantir notre « souveraineté numérique », ou le soutien par une politique industrielle volontariste aux entreprises françaises, notamment des PME, spécialisées dans la conception de certains produits ou services importants pour la sécurité informatique et ceux du secteur des technologies de l’information et de la communication (cryptologie, microprocesseurs, etc.) sont des mesures à privilégier. Tout comme  la sensibilisation des administrations et du monde de l’entreprise, notamment les PME, quant à la mise en danger de notre savoir-faire technologique et de notre cohésion nationale, mais aussi la formation d’ingénieurs spécialisés dans la protection des systèmes d’information, développer la recherche et les activités de conseil. Sans oublier la sensibilisation du grand public aux règles élémentaires de sécurité, notamment au moyen d’une campagne de communication inspirée de ce qui existe au niveau de la prévention routière. J'insiste sur l’effort supplémentaire à faire dans le domaine du développement des liens entre la recherche publique et privée, liant universités et centres de recherche.

Emmanuel DUPUY :  En cette année d'élection Européenne quelles sont les propositions que vous appelez de vos vœux ? Où en est l'Europe de la Défense que nous attendons depuis 1954, date de l'échec de la Communauté européenne de la défense (CED) chère à Pierre Mendes-France ?

Philippe FOLLIOT : La défense de l'intérêt national passera à l'avenir également par la mise en place d'une défense européenne crédible ! Dès lors, nous souhaitons qu'émergent de nouvelles coopérations dans ce domaine car le projet européen,  n’a de justification et de légitimité que dans une volonté d’assurer sa défense de manière forte et autonome. Il ne peut y avoir d’Europe forte si les pays européens ne sont pas capables d’assurer leur propre défense et sécurité. Et nous assistons à une évolution importante du cadre géostratégique : la stratégie des Etats-Unis bascule de l’atlantique vers le pacifique et il est aujourd’hui fondamental que l’Europe se prenne en charge. Par ailleurs, il faut une tête à l’Europe, et établir un cadre de coopération opérationnel militaire et industriel, une sorte de système à la carte. Nous ne faisons pas la promotion d’une armée européenne mais il faudrait atteindre une complémentarité cohérente entre les différentes défenses européennes, y compris sur le volet industriel. La France doit jouer un rôle moteur dans la construction de l’Europe de la défense et du reste nous avons fait amender la LPM en ce sens.
Les pays européens  se distinguent par deux types d’ambitions : la défense des frontières et la défense de leurs intérêts. La vision de chaque pays diffère. Chaque pays a une histoire, une culture et des intérêts différents. La France est à la fois une puissance maritime et mondiale dotée d’une « profondeur stratégique », ce qui n’est pas le cas de la plupart des états européens, qui sont des puissances seulement continentales et européennes.
Le problème est que la défense est un outil diplomatique, or il n’y a pas de réelle diplomatie européenne. C’est un sujet compliqué, mais le préalable à une défense européenne passe par une diplomatie coordonnée faute d’être commune, et non la somme de 28 diplomaties, ce qui hélas est le cas du service d’action extérieur de l’UE (SAEUE).

Emmanuel DUPUY :  Le président de la République, François Hollande s'est engagé mercredi à poursuivre la délicate intervention armée en Centrafrique. Pourriez-vous nous en évoquer sa légitimité, ses limites ?

Philippe FOLLIOT : L'intervention en RCA c’est avant tout un engagement humanitaire de la France et un devoir de solidarité, alors que les luttes ethniques en Centrafrique menacent de déboucher sur un génocide et d’achever de plonger le pays dans la guerre civile. C’est l’honneur et la grandeur de la France que d’intervenir sur place afin d’agir pour la stabilité de cette région déjà lourdement endeuillée de l’Afrique centrale. Il convenait d’agir au plus vite afin de rendre leur dignité aux centrafricains, en contribuant à arrêter la spirale des massacres et déplacements de populations, qui obère la reconstruction et la réconciliation nationale auxquelles aspire la RCA. Je tiens d'ailleurs à rendre un hommage appuyé aux 2 marsouins parachutistes de 1ère classe (Antoine Le QUINIO – Nicolas VOKAER), du 8ème RPIMa de ma chère ville de Castres, morts au combat la semaine dernière. Alors qu’ils menaient une mission extrêmement difficile de protection de la population centrafricaine, dans Bangui, ils ont donné leurs vies pour en sauver beaucoup d’autres. Mais au-delà de la Centrafrique, c’est une région entière qui est déstabilisée et risque l’embrasement. Face à ce sujet panafricain, il est de notre devoir d’inventer une réponse paneuropéenne, internationale.  Aussi, j'appelle de mes vœux la France à être le moteur qui mobilisera politiquement nos partenaires européens et l’ensemble de la communauté internationale. La solution ne peut pas être uniquement l’usage des forces françaises. Le territoire centrafricain (623 000 km2), même si la géographie, les populations, les forces combattantes et le contexte très différent, a une superficie à peu près équivalente à l'Afghanistan (652 000 km2), or nous avons engagé à ce jour que 1600 militaires, alors que la communauté internationale disait qu’il en fallait 300 000 pour stabiliser l’Afghanistan. Il est donc urgent que la communauté européenne se mobilise pour apporter un soutien militaire et financier.  De plus, il convient au plus vite de préparer le jour d’après. Il est en effet indispensable de mettre sur pied une véritable stratégie globale, de solidarité économique, éducative, énergétique et climatique pour le développement de l’Afrique.

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Portrait

AJAlain Juillet,
Président du Comité d'Orientation de l'Atelier de la République

 

Président du Forum International des Technologies de Sécurité (FITS), ancien capitaine d’Industrie, il fut le directeur du renseignement de la DGSE entre 2002 et 2003, puis en charge de la cellule Intelligence Economique à Matignon jusqu’en 2009. Il préside le Comité d’Orientation de l’Atelier de la République assure la Vice-présidence de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale.


 

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