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L'Atelier de la République

L'Atelier de la République est un Think Tank indépendant, Humaniste et Progressiste qui place l'Homme au centre de ses réfléxions.

Politique internationale : La posture de la France est-elle efficace ?

Emmanuel DUPUY

Dans cet Interview, Emmanuel DUPUY qui coordonne le Groupe Défense au sein du Comité d’Orientation de l’Atelier de la République réagit à l’actualité : le retrait des troupes françaises en Afghanistan, la position de la France au Mali et en Syrie.

Emmanuel Dupuy préside également l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE) et est responsable pour La Gauche Moderne (Jean-Marie Bockel) des relations internationales, des relations avec la presse et de la fédération des Français de l’Etranger.

 

Politique internationale : La posture de la France est-elle efficace ?

L’ADLR - La France a décidé de rapatrier ses troupes d’Afghanistan - estimant que sa mission visant à lutter contre le terrorisme était achevée. Dans le même temps, le Président de la République a appelé de ses vœux une opération militaire au Nord du Mali, afin d’y empêcher la mouvance salafiste de menacer la paix et stabilité du Sahel, du Maghreb et au-delà l’Europe. Comment analysez-vous cette dualité qui peut sembler quelque peu contradictoire ?

Emmanuel Dupuy - Il y a, en effet, un paradoxe évident quand - d’un côté, on évoque l’accomplissement d’une opération décennale (ndlr : engageant plus de 130 000 hommes et femmes réunis dans une coalition internationale sous coordination de l’OTAN, depuis 2001) visant à éradiquer la mouvance terroriste liée à Al Qaeda sur les contreforts de l’Hindu Kush et de part et d’autres de la Ligne Durand (ndlr : frontière afghano-pakistanaise), estimée responsable des attentats du 11 septembre et que, dans le même temps, on réveille le spectre de la menace terroriste aux confins du Sahara. Le Ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, va même jusqu’à évoquer un nouveau « Sahelistan », à nos frontières.

Je fais partie de ceux qui auraient préféré que notre contingent au sein de la Force Internationale d’Assistance et de Stabilisation (FIAS) reste jusqu’en 2014, voire au-delà, afin d’inscrire l’action de la France dans un calendrier négocié de retrait et de transition politique et sécuritaire. Il en allait de la clarté du message à délivrer à tous ceux qui n’ont pas encore déposé les armes.

Quant à la situation au Mali, je reste convaincu que c‘est avant tout, une affaire africaine et qu’il convenait de laisser agir les pays limitrophes, notamment l’Algérie, en amont. Toutes les voies de la médiation et de la facilitation régionale (ndlr : notamment celles engagées sous l’égide du président burkinabais, Blaise Compaoré) restent encore ouvertes. La menace d’une installation durable d’un foyer terroriste, capable d’entraîner de potentiels candidats au Djihad armé, à quelques encablures des rives de la Méditerranée, reste cependant élevée !


Dans le même temps, François Hollande semble incapable d’avoir une posture efficace face à la crise syrienne. Y a-t-il une réelle rupture avec la politique de son prédécesseur en la matière et au-delà vis-à-vis du Moyen-Orient ?

Emmanuel Dupuy - Inutile de rappeler que la France, au regard de la relance de sa politique méditerranéenne en 2007, par le biais de l’ambitieux projet de création d’une Union pour la Méditerranée, avait des arguments à faire valoir en la matière. L’UPM reste encore un gage de solidarité, de co-développement et de complémentarité entre les 280 millions de riverains du bassin méditerranéen, en prenant en compte la complémentarité d’intérêts entre les 500 millions d’Européens et le milliard d’Africain (à l’horizon 2025). Nicolas Sarkozy avait eu raison d’inviter le président syrien Bashar el-Assad, au même titre que les 43 autres chefs d’Etats, de Gouvernements et d’Organisations intergouvernementales, à Paris, pour son lancement, le 13 juillet 2008.

La Syrie ne menaçait pas encore la stabilité régionale, ni ses voisins - au premier titre desquels le Liban et la Turquie. Depuis, on le sait, Bashar el-Assad masque son incapacité à diriger son pays dans le cadre d’une timide ouverture démocratique, par une radicalisation meurtrière vis-à-vis de son peuple, de son voisinage et de la paix.

Il fallait donc agir et sans doute avec plus de détermination, aux côtés des insurgés syriens et de leurs soutiens que sont les Etats de la Ligue arabe. La mise en place d’une zone d’exclusion aérienne aurait ainsi été un préalable, que nous n’avons pu imposer, et ce malgré les demandes insistantes des syriens qui luttent non contre leur pays mais contre un chef de l’Etat, désormais totalement déconnecté de la réalité.

Emmanuel DUPUY en Afghanistan

Emmanuel DUPUY en Afghanistan

La menace d’un Iran doté de l’arme nucléaire semble guider une politique israélienne pro-active. Pourtant, Washington semble rétif à des frappes préventives permettant de l’empêcher. Quelle devrait-être la position française face à cette crise larvée ?

Emmanuel Dupuy - La position française reste, sur ce dossier tout au moins, marquée par le principe de réalité et de continuité avec la politique étrangère française depuis Jacques Chirac, bien que plus timidement suivie par son successeur !

L’efficacité des sanctions internationales imposées à l’Iran pour l’empêcher d’accéder au nucléaire militaire semble se confirmer. La devise nationale, le Rial, a été dévaluée de près de 80% il y a quelques jours. La production pétrolière semble gravement touchée (ndlr : l’Iran n’est plus le 4ème pays producteur) et la population semble en rendre comptable l’irresponsabilité et l’inefficacité du chemin choisi par le président Ahmadinejad.

Frapper Téhéran maintenant n’aurait ainsi aucun sens ! Focaliser le projet de défense anti-missile balistique (DAMB) sur la « dangerosité » de l’Etat perse pas plus !

D’autant que nous avons besoin de l’Iran (comme de la Russie) pour assurer la stabilité en Asie centrale, comme pour trouver une issue à la crise syrienne. De ce point de vue, l’évolution du tutorat de Téhéran vis-à-vis de Damas, en même temps que la question du leadership du monde musulman, restent deux enjeux essentiels de la stabilité régionale.

Sur la question afghane, syrienne, irakienne, nous aurons besoin de l’Iran !


Le 6 novembre, le nom du nouveau président américain sera connu, celui de la Chine (quand la succession du président Hu Jintao sera ouverte) le sera très certainement, le 8 novembre prochain, à l’occasion du prochain Congrès du parti communiste. Quels impacts cette nouvelle gouvernance mondiale de ce qu’il est convenu d’appeler le « G-2 » va-elle provoquer, notamment dans le cadre de la montée en puissance de nations émergentes ?

Emmanuel Dupuy - En effet, le 8 novembre prochain, le Congrès du Parti communiste chinois procédera à un renouvellement générationnel d’ampleur exceptionnelle. Le nom du successeur du président chinois Hu Jintao devrait être connu. On évoque souvent le nom du général Ma Xiaotian qui, à 63 ans, devrait devenir à l’occasion du Congrès marquant un nouveau « grand bond en avant », le vice-président de la Commission militaire du Parti communiste.

Deux jours plus tôt, leur grand rival, les Etats-Unis se seront donné un 45ème président. Qu’il s’agisse de Barack Obama, qui effectuerait son second mandat, ou Mitt Romney, qui ramènerait les Républicains au pouvoir après seulement quatre années de mandature démocrate, la politique américaine sera marquée par une réelle rupture stratégique !

Celle de l’éloignement de plus en plus évident vis-à-vis de l’Europe. Barack Obama ne cesse de rappeler que la nouvelle « frontière » américaine était à l’Ouest, remettant sa stratégie pacifique (Pacific Rim Strategy) évoquée l’année dernière au cœur des investissements militaires et du repositionnement stratégique et diplomatique américain. Son adversaire républicain ne dit pas autre chose quand il évoque le rôle que devrait jouer les Etats-Unis dans le monde, en ne citant que les Etats qui en menacent sa suprématie (Iran, Chine, Pakistan)…

En même temps que Washington et Beijing semblent convaincus qu’ils se feront face davantage qu’au niveau commercial, l'émergence de nouveaux acteurs et lieux de décisions dans les relations internationales doit faire évoluer le système international vers plus de représentativité, subsidiarité et efficacité.

La réforme de l’ONU devrait être engagée urgemment, notamment à travers, d’une part, l’élargissement de son Conseil de sécurité aux pays émergents (Brésil, Inde…) et continents non représentés (Afrique, Amérique du Sud) et, de l’autre, la réglementation quant au droit de veto en conformité avec sa « responsabilité à protéger ».

Le G20, réunissant les économies les plus dynamiques, devrait être pérennisé comme outil de coordination et de gouvernance économique. La régulation de nouveaux espaces d’intérêts stratégiques (spatial, maritime, environnement, cybernétique) incite d’ailleurs à la création de nouvelles organisations intergouvernementales, sur la base des agences dédiées des Nations Unies.

Bref, c’est tout l’enjeu de la mise en oeuvre de ce nouveau « solidarisme », cher au radical Léon Bourgeois, qu’il s’agit de promouvoir. La France plus que d’autres devrait avoir son mot à dire…

 

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Portrait

AJAlain Juillet,
Président du Comité d'Orientation de l'Atelier de la République

 

Président du Forum International des Technologies de Sécurité (FITS), ancien capitaine d’Industrie, il fut le directeur du renseignement de la DGSE entre 2002 et 2003, puis en charge de la cellule Intelligence Economique à Matignon jusqu’en 2009. Il préside le Comité d’Orientation de l’Atelier de la République assure la Vice-présidence de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale.


 

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