• Protection sociale :
    L'Atelier de la République vous invite le 15 mars à la Mutualité

    Lire la suite
  • Méritocratie et emploi -
    La formation professionnelle continue : solution au chômage de masse ?

    Lire la suite
  • Génération Y :

    "Vers de nouveaux modes de management ?"

    Lire la suite
  • 1
  • 2
  • 3

L'Atelier de la République

L'Atelier de la République est un Think Tank indépendant, Humaniste et Progressiste qui place l'Homme au centre de ses réfléxions.

Interview d'Emmanuel Dupuy (2e partie)

Emmanuel DUPUY est membre du Comité d’Orientation de l’Atelier de la République. Il est également responsable pour La Gauche Moderne des relations internationales et des relations avec la presse. Il préside la fédération des Français de l’Etranger de LGM. Il est un des animateurs de la Commission sécurité de l’UDI Paris. Il est, par ailleurs, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE).

Question : Le prochain Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale devrait être achevé et présenté au début de l’année prochaine. Pourriez-vous nous en livrer quelques clés de lecture ?

La précédente édition, présentée en 2008, avait validé quatre grandes fonctions stratégiques de la posture française : la dissuasion (même si elle est amputée d'un tiers) ; la prévention (face à un arc de crise qui du Moyen-Orient au Pakistan menace l’Europe et engage la relation transatlantique dans une lutte commune contre le terrorisme) ; la protection du territoire et de la population (à travers le concept de résilience de la société face à la volatilité et l’interconnexion des insécurités); la projection de nos forces (dans un format de réduction humaine et budgétaire).

Le livre blanc avait d’ailleurs ajouté une nouvelle grande fonction axée sur le renseignement, celle sur la « connaissance et l’anticipation », censée mettre en exergue la nécessité d’une réelle vision prospective sur les futures ruptures stratégiques, porteurs de conflictualités régionales et de déstabilisation internationale.

Sans être devin, la nouvelle mouture devrait reconduire ses fonctions stratégiques. Le changement sera sans doute ailleurs. Il résidera, peut-être, dans la capacité, à prendre davantage en compte la dimension des opportunités stratégiques plutôt que de se positionner face à des menaces. De ce point de vue, la mention de « l’Arc de crise » céderait le pas à celui de mise en exergue de « profondeur stratégique » de la France, au premier lieu duquel le continent africain figure en bonne place (ndlr : les prévisions les plus réalistes estiment à 6% le taux de croissance moyen des 56 Etats qui le composent).

La meilleure prise en compte des menaces liées à l’émergence de l’espace cybernétique devrait être réaffirmée. De ce point de vue, le rapport rédigé par l’ancien ministre et Sénateur UDI du Haut-Rhin, Jean-Marie Bockel aura été déterminant comme « lanceur d’alerte » face aux menaces récurrentes auxquelles doit faire face notre pays.

Bien évidemment, le contexte de crise, devrait voir une sévère réduction budgétaire (ndlr : on évoque souvent les chiffres de 3 à 4 milliards d’euros) liée aux équipements et fonctionnement du ministère de la Défense devrait obérer les ambitions mentionnées précédemment.

En tout état de cause, la prise en compte de la notion de « l’Archipel France » sera une des principales nouveautés contenues dans cette nouvelle mouture de notre horizon stratégique. Il s’agit d’une façon moderne et juste de considérer la continuité et les synergies entre la Terre et l’Océan, fondée sur les notions de décloisonnement et de désenclavement. En mettant ainsi la mer au « centre » de la France, c’est tout le développement social, économique, politique, culturel, de notre pays qui s’ouvre sur de nouvelles perspectives.

C’est aussi donner à la France toute sa dimension par la richesse et le potentiel considérable de l’Outre-mer, c’est aller vers une nouvelle manière de penser et d’agir car « l’Archipel France » débouche sur une méthodologie opérationnelle d’action mettant en place une grande stratégie maritime de développement durable, porteuse d’emplois nouveaux et concrétisant l’intérêt convergent vers la zone Asie-Pacifique, où nos Zones Economiques Exclusives (ZEE) seront des atouts considérables.

La superficie de l’espace maritime français (11 millions de Km2) est le deuxième au monde après celle des Etats-Unis (ndlr : le premier si l’on considère les 25 millions de Km2 des ZEE des 27 Etats membres de l’UE). 97% de cette superficie se situe en outre-mer, ce qui permet à la France d’être présente stratégiquement et économiquement sur les trois principaux océans de notre planète.


Question : La menace d’un Iran doté de l’arme nucléaire semble guider une politique israélienne va-en-guerre. Pourtant, Washington semble rétif à des frappes préventives permettant de l’empêcher. Quelle devrait-être la position française face à cette crise larvée ?

La position française reste, sur ce dossier tout au moins, marquée par le principe de réalité et de continuité avec la politique étrangère française depuis Jacques Chirac, bien que plus timidement suivie par son successeur !

L’efficacité des sanctions internationales imposées à l’Iran pour l’empêcher d’accéder au nucléaire militaire semble se confirmer. La devise nationale, le Rial, a été dévaluée de près de 80% il y a quelques jours. La production pétrolière semble gravement touchée (ndlr : l’Iran n’est plus le 4ème pays producteur) et la population semble en rendre comptable l’irresponsabilité et l’inefficacité du chemin choisi par le président Ahmadinejad.

Frapper Téhéran maintenant n’aurait ainsi aucun sens ! Focaliser le projet de défense anti-missile balistique (DAMB) sur la « dangerosité » de l’Etat perse pas plus !

D’autant que nous avons besoin de l’Iran (comme de la Russie) pour assurer la stabilité en Asie centrale, comme pour trouver une issue à la crise syrienne. De ce point de vue, l’évolution du « tutorat » de Téhéran vis-à-vis de Damas, en même temps que la question du leadership du monde musulman restent deux enjeux essentiels de la stabilité régionale.

Sur les questions afghane, syrienne, irakienne, coréenne du Nord et chinoise nous aurons besoin de l’Iran ! Un Iran, en quête de reconnaissance de sa puissance normative et progressiste, plus seulement dans son giron régional mais dans une aspiration plus globale.

L’Iran, qui se pose volontiers dans une posture de puissance « gaullienne », doit ainsi devenir un partenaire et non plus seulement être perçu comme un adversaire. Réagir ainsi, revient à considérer et prendre en compte cette « altérité » que revendiquent de plus en plus de parties du monde, poussées par une rapide et pérenne émergence de nouvelles puissances.

Partagez

Portrait

AJAlain Juillet,
Président du Comité d'Orientation de l'Atelier de la République

 

Président du Forum International des Technologies de Sécurité (FITS), ancien capitaine d’Industrie, il fut le directeur du renseignement de la DGSE entre 2002 et 2003, puis en charge de la cellule Intelligence Economique à Matignon jusqu’en 2009. Il préside le Comité d’Orientation de l’Atelier de la République assure la Vice-présidence de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale.


 

Newsletter